Les carnets nomades d'un apatride ....

lit sur panoramique ville


Notre condition en tant qu’être vivant est éphémère. Nous commençons à mourir en même temps que nous naissons et il n’y a rien de malheureux à cela. Car c’est en réalisant la brièveté de notre passage sur terre que nous en comprenons l’absurdité et par conséquent l’incroyable opportunité qui s’offre à nous de pouvoir choisir librement les voyages qui constitueront notre destinée.
La question n’est donc pas ici de savoir si chaque être humain a un destin mais plutôt de découvrir quelles en sont les étapes. L’Histoire de l’humanité est avant tout faite d’expériences individuelles qui semblent dissociées, éparses, chaotiques, voire anecdotiques et, selon l’époque, soumises au joug des règles et des lois dont les diverses civilisations se sont dotées. Ce serait avoir une lecture binaire et simpliste de la complexité des processus historiques.
La tradition orale portée par les druides en occident avant l’ère chrétienne ou bien celle des griots qui perdure dans certains pays d’Afrique ou encore l’enseignement millénaire de Siddhārtha Gautama qui s’est propagé du Népal à toute l’Asie puis au reste du monde sont autant de témoignages de la prédominance du parcours individuel au cœur même de la construction des fondements historiques, philosophiques et politiques du genre humain.

 

Que trouve-t-on comme point commun aux moteurs de l’évolution : Le voyage.

Le voyage est omnidirectionnel, tridimensionnel. Il peut être une intériorité, on parlera de sa verticalité. Il est aussi bien sûr géographique, on parlera de son horizontalité. Communément, on considère que « partir en voyage » signifie un déplacement horizontal sur le globe. On lui associe également une certaine distanciation entre son point de départ et son point d’arrivée. Pourquoi pas ? Comme le dit la chanson : « Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil »…
Le voyage est souvent synonyme de loisir, on dispose de son temps. Mais le temps n’appartient à personne et comme si cela ne suffisait pas, il est extensible, mouvant, insaisissable. Nous connaissons tous pour la plupart cette petite minute d’éternité qui débarque à l’improviste dans un moment de plénitude, de bonheur. Elle s’invite dans une relation amoureuse, pendant un état contemplatif, au détour d’une note de musique ou dans un sourire réciproque et sans lendemain. Vous ressentez alors la vacuité de cet instant précis, non pas le vide au sens propre mais l’interdépendance où toute chose dépend des autres pour exister.

Heimatlos n’est pas une embuscade bouddhiste et n’est d’aucune obédience en particulier d’ailleurs, mais le terme śūnyatā convient assez bien pour parler de l’intensité, de l’intemporalité, de l’essence même du voyage dans sa verticalité.

longue pose

... Soyez tranquilles, inspirez profondément ....


Hors loisir, voyager peut-être une fuite. La confusion a pris possession de notre être et partir, aller voir ailleurs si des fois on y était quelqu’un d’autre, devient un besoin oppressant. Là encore, pourquoi pas ?
On ne peut se fuir soi-même mais on espère toujours « changer de vie » alors on quitte tout pour partir en vadrouille à Petaouchnok… On ignore encore qu’on ne se débarrasse que du superflu, les biens matériels. On y perd des illusions, le cadre de vie, le travail, une ville ou un pays… Ce n’est pas rien mais c’est parfois un bon prélude au véritable voyage ! Il ne commence pas dans le fracas où on le pense et se termine dans un battement de cils.

 

Vous commencez à entrevoir les longitudes et les latitudes d’Heimatlos ?... Soyez tranquilles, inspirez profondément, ce ne seront que des mots, des sons, des images. Juste le temps de soulever le voile sur d’autres ailleurs, des possibles points de fuite, des diagonales sur le bitume des habitudes, des menues escapades aux confins des abîmes qui sont en nous.

 

 

 

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